Comprendre la discipline6 min de lecture

Wa-Jutsu ou Ju-Jitsu : quelle différence exactement ?

Même famille technique, finalité différente. Le point sur ce qui distingue réellement le Wa-Jutsu du ju-jitsu que vous connaissez.

Démonstration d'une projection nage-waza en Wa-Jutsu

« C'est du ju-jitsu, alors ? » La question revient à chaque cours d'essai, et la réponse honnête tient en deux temps : oui pour les techniques, non pour ce qu'on en fait.

Le ju-jitsu : une famille, pas une discipline

Le ju-jutsu — ou ju-jitsu, les deux graphies coexistent — désigne l'ensemble des méthodes de combat à mains nues développées au Japon par les guerriers samouraïs. Ce n'est pas un art unique mais une famille : des dizaines d'écoles, les ryu, chacune avec son répertoire et sa logique.

De cette souche sont nés le judo de Jigoro Kano, l'aïkido de Morihei Ueshiba, et par la suite le ju-jitsu brésilien. Toutes ces disciplines partagent un fonds technique commun : saisir, déséquilibrer, projeter, contrôler au sol, appliquer des clés articulaires.

Le Wa-Jutsu : une synthèse datée du 25 décembre 1982

Le Wa-Jutsu n'est pas une école japonaise ancienne. C'est une méthode contemporaine, formalisée le 25 décembre 1982 par Maître J.J. Quero à partir de ses études dans les écoles traditionnelles japonaises de ju-jutsu, d'aiki-jutsu et de certaines spécialités armées.

Maître Quero n'arrivait pas de nulle part. Diplômé d'État français en 1969, entraîneur provincial de la fédération belge de judo à partir de 1970, il revient du Japon en 1975 avec le titre de Shihan — maître — décerné par l'Institut Mondial pour le Hakko-Ryu Ju-Jutsu. Compétiteur récompensé jusqu'en 1971, il connaissait donc parfaitement ce qu'il allait choisir d'écarter.

Ce que dit le nom

Le mot est construit pour porter la différence. Trois idéogrammes structurent la progression de la méthode :

  • Ju — le maximum d'efficacité de l'esprit et du corps. C'est le socle technique, celui du ju-jitsu.
  • Ai — l'harmonie, la coordination avec le partenaire.
  • Wa — l'accord et la paix. C'est la finalité, et c'est elle qui donne son nom à la méthode.

Autrement dit : le Wa-Jutsu part du même point que le ju-jitsu, mais ne s'y arrête pas. La technique n'est pas le but, elle est le moyen.

« Élever une simple technique à un principe de vie. »

Académie Européenne de Ju-Jutsu Traditionnel

Les trois différences concrètes

1. Aucune compétition

Le ju-jitsu sportif a ses championnats, ses catégories de poids, ses règles d'arbitrage. Le Wa-Jutsu n'en a aucun, et ce n'est pas un manque d'organisation : c'est un refus assumé. La méthode considère que l'esprit de victoire sur autrui contredit ce qu'elle cherche à construire.

2. La self-défense est un effet, pas un objectif

C'est le point qui surprend le plus. Un pratiquant de Wa-Jutsu sait se défendre — les techniques sont les mêmes, elles fonctionnent. Mais l'aspect défense personnelle est explicitement considéré comme secondaire par la méthode. On ne s'entraîne pas pour un agresseur hypothétique ; l'efficacité vient par surcroît.

3. Le rapport aux grades

L'Académie délivre des « Certificats d'Aptitude à la Méthode Wa-Jutsu » qui sanctionnent la valeur morale, technique et pratique de l'élève. Maître Quero a fait le choix de ne pas décerner de Dan au sens fédéral, estimant que le terme a perdu en Occident son sens d'origine pour ne plus désigner que l'efficacité au combat. Chaque stade de progression correspond à un travail précis, pas à un rang dans un classement.

Le fond philosophique : Budo, pas sport

La méthode se réclame des deux principes énoncés par Jigoro Kano : Seiryoku-Zenyo, le meilleur emploi de l'énergie, et Jita-Kyoei, l'entraide et la prospérité mutuelles. La devise de l'école — « Amitié et Prospérité Mutuelle » — en découle directement.

Le Budo vise, selon la formule, la transformation volontaire de l'homme ordinaire en un homme plus complet, plus équilibré, plus sociable. Le sport, dont l'étymologie française « desport » signifie distraction, poursuit autre chose : le triomphe en compétition. Ni l'un ni l'autre n'est illégitime. Ils ne répondent simplement pas à la même demande.

Alors, lequel choisir ?

Si vous cherchez à mesurer vos progrès contre d'autres pratiquants, à monter sur un podium, à obtenir une ceinture noire reconnue par une fédération internationale : le ju-jitsu sportif ou le judo répondront mieux à votre attente.

Si vous cherchez une pratique de fond, tenable sur trente ans, où personne ne vous demandera jamais de perdre trois kilos avant samedi : le Wa-Jutsu a été conçu exactement pour cela.

Questions fréquentes

Le Wa-Jutsu est-il un vrai art martial japonais ?

C'est une méthode contemporaine créée en 1982 par Maître J.J. Quero, à partir d'études menées dans les écoles traditionnelles japonaises de ju-jutsu et d'aiki-jutsu. Son fonds technique est celui du ju-jutsu traditionnel ; sa formalisation, elle, est récente et parfaitement documentée.

Peut-on se défendre avec le Wa-Jutsu ?

Oui : les techniques enseignées — projections, clés articulaires, contrôle au sol, atemi — sont celles du ju-jutsu et sont efficaces. La méthode considère toutefois la self-défense comme un effet de la pratique, non comme son objectif affiché.

Y a-t-il des ceintures noires en Wa-Jutsu ?

L'Académie Européenne de Ju-Jutsu Traditionnel délivre des Certificats d'Aptitude et des stades de valeur qui lui sont propres, plutôt que des Dan au sens fédéral. Ces distinctions sont internes à l'école et ne constituent pas une équivalence avec les grades homologués par les fédérations.

Le Wa-Jutsu se pratique-t-il en Belgique ?

Oui. Le Wa-Jutsu Club l'Asie de Marcinelle enseigne la méthode à Charleroi, au 4 Rue de l'Asie à 6001 Marcinelle, en affiliation avec l'AEJT.