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Le Bushido : les vertus du code d'honneur des samouraïs

Quinze vertus, un mot qui n'a que cent cinquante ans, et une exigence quotidienne. Ce que le Bushido demande vraiment — et ce qu'il ne dit pas.

Salut traditionnel au dojo, expression du Bushido dans la pratique

Le mot évoque immédiatement des images de samouraïs, de sabres et de loyauté jusqu'à la mort. La réalité est à la fois plus modeste et plus exigeante : le Bushido est une liste de vertus à travailler, comme on travaille une technique — avec la même lenteur et les mêmes rechutes.

Ce que le mot veut dire

Bushido s'écrit avec trois caractères : bu (武), la chose militaire ; shi (士), le guerrier, le lettré, celui qui sert ; do (道), la voie. Littéralement, « la voie du guerrier » — mais do porte l'idée d'un chemin qu'on parcourt sans jamais l'achever, pas d'une règle qu'on applique.

Un point que les ouvrages populaires passent souvent sous silence : le terme lui-même est tardif. Les guerriers japonais du Moyen Âge ne parlaient pas de « bushido ». Le mot se répand à partir de la fin du XIXᵉ siècle, notamment avec l'ouvrage d'Inazō Nitobe publié en 1900 — écrit en anglais, pour des lecteurs occidentaux, à une époque où la classe des samouraïs avait déjà disparu.

Cela ne le disqualifie pas. Cela déplace simplement ce qu'il est : moins le code juridique d'une caste médiévale qu'une mise en forme, a posteriori, d'un idéal moral — et c'est précisément à ce titre qu'il a été transmis aux arts martiaux modernes.

Les vertus

Les listes varient selon les auteurs. Celle que reprend l'Académie Européenne de Ju-Jutsu Traditionnel, dont notre club relève, en compte quinze :

« Rectitude, courage, bonté, politesse, véracité, loyauté, désintéressement, détachement, honneur, fidélité, modestie, respect, contrôle de soi, amitié, bienveillance. »

Académie Européenne de Ju-Jutsu Traditionnel

Résumées en deux mots, elles décrivent une « noblesse d'âme ». Prises une à une, elles sont plus concrètes qu'il n'y paraît.

Rectitude

La capacité de décider ce qui est juste et de s'y tenir sans hésiter. C'est la vertu que Nitobe place en premier, parce que sans elle les autres deviennent des manières. Au dojo : reconnaître qu'on a été touché quand personne ne l'a vu.

Courage

Distinct de la témérité. Le courage suppose d'avoir mesuré le risque, ce qui implique d'avoir eu peur. Un pratiquant qui n'a jamais peur n'est pas courageux, il est inattentif.

Bonté et bienveillance

C'est la contrepartie obligatoire de la force. Celui qui peut blesser et ne le fait pas exerce une vertu ; celui qui ne le peut pas n'exerce rien. C'est la raison pour laquelle ces vertus apparaissent dans un contexte martial et non dans un traité de morale générale.

Politesse

La forme visible du respect. Le salut d'entrée sur le tatami n'est pas une politesse de convention : il marque qu'on entre dans un lieu où l'on va saisir, projeter et contrôler d'autres personnes, et que cela suppose un accord préalable.

Véracité

La parole qui engage sans qu'un contrat soit nécessaire. Dans la formule classique, le bushi n'a pas besoin de jurer : dire suffit.

Loyauté et fidélité

Les deux vertus les plus datées, et celles qui demandent le plus de traduction. La loyauté féodale envers un seigneur n'a plus d'objet. Ce qui subsiste : la constance envers un groupe, un enseignant, une pratique — ne pas partir au premier trimestre difficile.

Désintéressement et détachement

Pratiquer sans chercher le bénéfice immédiat, et ne pas s'attacher au résultat. C'est ce qui rend une pratique tenable sur trente ans : celui qui ne s'entraîne que pour gagner s'arrête quand il cesse de gagner.

Honneur

Non pas la réputation — ce que les autres pensent — mais la conscience de sa propre valeur et des devoirs qui en découlent. La distinction est essentielle : la réputation se défend, l'honneur se tient.

Modestie, respect, contrôle de soi

Les trois vertus les plus directement observables sur un tatami, et les plus impitoyables. Un pratiquant technique qui humilie son partenaire échoue en Bushido, quel que soit son niveau. Le contrôle de soi, en particulier, se mesure dans la fraction de seconde où l'on a mal et où l'on pourrait rendre.

Amitié

Elle n'apparaît pas dans toutes les listes classiques, et sa présence ici dit quelque chose de l'école : la devise de l'Académie est « Amitié et Prospérité Mutuelle ». Une pratique qui repose entièrement sur un partenaire consentant ne peut pas faire l'économie du lien avec lui.

Bushido et Budo : ce n'est pas la même chose

Confusion fréquente. Le Budo désigne la pratique — la voie martiale comme méthode de transformation de soi. Le Bushido désigne l'éthique qui la rend possible. L'un est le chemin, l'autre la règle de conduite qu'on y observe.

Le Budo moderne s'appuie sur deux principes énoncés par Jigoro Kano, le fondateur du judo : Seiryoku-Zenyo, le meilleur emploi de l'énergie, et Jita-Kyoei, l'entraide et la prospérité mutuelles. Le second est directement une vertu du Bushido devenue principe technique.

« Si ce n'est pas cela, ce n'est pas du Budo, mais n'importe quoi d'autre. »

Jean-Lucien Jazarin

Le Kagami Biraki

Beaucoup de pratiquants croisent ce mot sans savoir ce qu'il recouvre. Kagami biraki signifie littéralement « ouvrir le miroir ». C'est à l'origine une cérémonie du Nouvel An japonais : on brise le gâteau de riz rond — le kagami mochi, dont la forme évoque un miroir de bronze — déposé en offrande, et on le partage.

On le brise, on ne le coupe pas : trancher au sabre un objet d'offrande porterait le mauvais sens. Jigoro Kano a introduit la cérémonie au Kodokan, et elle est depuis célébrée dans de nombreux dojos en janvier. Elle marque la reprise, le renouvellement des engagements, et souvent la remise des grades.

Ce que ça change, concrètement

On peut trouver cette liste de vertus naïve, ou décorative. Elle a pourtant un effet très pratique : dans un club qui l'affiche, un comportement humiliant sur le tatami n'est pas un simple écart de caractère, c'est une faute contre la discipline elle-même. Peu de sports se donnent ce moyen de pression.

La méthode Wa-Jutsu, que nous enseignons à Marcinelle, se dit « imprégnée de Bushido et inconcevable sans lui ». Ce n'est pas une formule : dans une école sans compétition ni classement, il ne reste précisément que cela pour dire ce qu'est un bon pratiquant.

Questions fréquentes

Quelles sont les vertus du Bushido ?

La liste reprise par l'Académie Européenne de Ju-Jutsu Traditionnel en compte quinze : rectitude, courage, bonté, politesse, véracité, loyauté, désintéressement, détachement, honneur, fidélité, modestie, respect, contrôle de soi, amitié et bienveillance. Les listes varient selon les auteurs ; celle d'Inazō Nitobe, la plus connue en Occident, en retient sept ou huit.

Que signifie le mot Bushido ?

Littéralement « la voie du guerrier » : bu, la chose militaire, shi, le guerrier ou celui qui sert, et do, la voie. Le terme s'est répandu à la fin du XIXᵉ siècle, notamment par l'ouvrage d'Inazō Nitobe publié en 1900, bien après la disparition de la classe des samouraïs.

Quelle différence entre Bushido et Budo ?

Le Budo est la pratique — la voie martiale comme méthode de transformation de soi. Le Bushido est le code moral qui l'accompagne. L'un est le chemin, l'autre la règle de conduite qu'on y observe.

Qu'est-ce que le Kagami Biraki ?

« Ouvrir le miroir » : cérémonie du Nouvel An japonais où l'on brise et partage le gâteau de riz rond déposé en offrande. Introduite au Kodokan par Jigoro Kano, elle est célébrée en janvier dans de nombreux dojos et marque la reprise et le renouvellement des engagements.

Le Bushido se pratique-t-il encore aujourd'hui ?

Pas comme un code juridique, mais comme une exigence quotidienne dans les écoles de Budo traditionnel. La méthode Wa-Jutsu, enseignée notamment au Wa-Jutsu Club l'Asie de Marcinelle, s'en réclame explicitement : dans une école sans compétition, ces vertus sont ce qui définit un bon pratiquant.